L’AViQ concentre près d’un tiers du budget global de la Wallonie. Elle finance ou pilote la plupart des politiques de santé, d’action sociale, d’autonomie et de handicap.
Présentant le budget 2026 devant le Parlement, le ministre-président Adrien Dolimont a insisté sur la nécessité d’une gestion plus efficace des moyens publics.
« Il s’agit de rationaliser sans tabou, en veillant à l’adéquation entre les moyens et les missions », a-t-il déclaré.
Selon le Gouvernement, les économies prévues concernent des “crédits sous-consommés” ou des “dispositifs datés”. L’objectif affiché serait d’optimiser le fonctionnement interne de l’agence et de redéployer certains moyens vers des priorités plus actuelles. Mais à ce stade, aucun détail n’a été communiqué sur les programmes réellement impactés.
Une opposition méfiante face à la “rationalisation”
Pour l’opposition, ce flou budgétaire alimente la suspicion. Les députés du PTB et plusieurs élus socialistes estiment qu’on ouvre la porte à des réductions progressives dans des secteurs déjà fragilisés.
« On coupe d’abord, on réfléchira après », a résumé un parlementaire, dénonçant “le manque de vision globale” pour un secteur qui emploie des dizaines de milliers de personnes et soutient les publics les plus vulnérables.
Derrière les chiffres, le débat porte sur la philosophie des politiques sociales : la “rationalisation” pourrait devenir le nouveau mot d’ordre d’une santé publique contrainte, où les dispositifs préventifs ou communautaires sont les premiers à être fragilisés faute de résultats quantifiables immédiats.
La “garantie autonomie”, vitrine sociale du gouvernement
Face aux critiques, la majorité met en avant un chantier présenté comme structurant : la “garantie autonomie”, dont un groupe de travail doit définir les contours dans les prochains mois. L’objectif est de favoriser le maintien à domicile des personnes âgées, en coordination avec les services de soins, les aides familiales et les communes.
Cette mesure, encore à l’état de projet, s’inscrit dans une approche intersectorielle visant à mieux articuler les dispositifs régionaux avec les programmes fédéraux, comme Proxisanté ou le plan INAMI 2030.
Si cette réforme est présentée comme la vitrine sociale du budget, les modalités de financement et d’accès restent floues. Les syndicats et les opérateurs de terrain s’interrogent sur la capacité réelle de la Wallonie à mener de front une telle réorganisation tout en réduisant les marges de manœuvre de l’AViQ.
Dix millions pour la prévention sociale
En parallèle, une enveloppe structurelle de 10 millions d’euros est prévue pour renforcer la prévention du sans-abrisme, la lutte contre la pauvreté et le soutien aux familles monoparentales.
« Ces politiques ne peuvent être découplées : on ne soigne pas efficacement si les conditions de vie restent délétères », a souligné un député de la majorité, rappelant la nécessité d’une approche transversale santé-social.
Ce volet traduit la volonté de maintenir un équilibre entre efficacité budgétaire et justice sociale. Mais dans un contexte d’inflation des coûts de fonctionnement des services agréés, ces montants restent modestes.
Rationaliser sans invisibiliser
Au-delà des lignes budgétaires, ce débat révèle un tournant politique : la santé et l’action sociale wallonnes entrent dans une phase de rationalisation structurelle, où chaque euro doit être justifié.
L’approche peut générer des gains d’efficience, mais elle comporte aussi un risque : celui d’affaiblir la prévention, la santé mentale ou les dispositifs communautaires, souvent moins visibles mais essentiels à la cohésion du système.
Pour le Gouvernement, il s’agit de moderniser l’outil public. Pour l’opposition, c’est une manière d’affaiblir progressivement les missions sociales de l’AViQ. Entre les deux, les acteurs de terrain attendent surtout de savoir où et comment ces 28 millions d’euros seront retranchés — une réponse qui, pour l’heure, n’a pas encore été donnée.
Source : CRAC n°38 – Parlement wallon, séance du 22 octobre 2025
