Mpox : l’immunité naturelle surpasse celle du vaccin MVA-BN

Une étude belge confirme la durabilité limitée de la réponse vaccinale et relance le débat sur le compromis entre sécurité et efficacité.

La pandémie de Covid-19 aura marqué un tournant pour l’immunologie humaine, en stimulant la recherche sur les réponses immunitaires face à divers virus. C’est dans ce contexte que Christophe Van Dijck et ses collègues publient une étude observationnelle de deux ans (2022-2024) sur 250 participants exposés aux orthopoxvirus, soit par infection naturelle, soit par vaccination. Leurs conclusions, parues dans The Lancet Infectious Diseases, soulignent que l’infection par le virus mpox (MPXV) induit des anticorps neutralisants robustes, encore détectables jusqu’à deux ans après le diagnostic.

À l’inverse, les personnes vaccinées avec le vaccin antivariolique MVA-BN (Modified Vaccinia Ankara – Bavarian Nordic) voient leur immunité décliner rapidement : huit mois après l’injection, seuls 52 % des individus nés avant 1976 (ayant probablement reçu Dryvax dans l’enfance) conservent des anticorps neutralisants, contre 4 % chez les générations plus jeunes. Cette différence illustre la faible persistance immunitaire du MVA-BN, déjà observée dans des cohortes plus réduites.

Un vaccin sûr, mais moins immunogène

Le commentaire de Camila H. Coelho rappelle que l’atténuation du virus vaccinal – obtenue après plus de 500 passages sur cellules de poulet – a entraîné la perte de gènes codant des protéines immunogènes essentielles (A33, L1, A26). Cette modification garantit une sécurité élevée, notamment pour les personnes immunodéprimées, mais au prix d’une réponse neutralisante affaiblie et peu durable.

« Un vaccin qui privilégie la sécurité au détriment de la fonction anticorps avait toute sa pertinence lors de l’épidémie multicontinentale de 2022, dominée par les cas immunodéprimés », note-t-elle. « Mais sa performance fonctionnelle soulève désormais la question du compromis entre innocuité et immunité protectrice à long terme. »

Les auteurs plaident ainsi pour une nouvelle génération de vaccins orthopoxviraux, capables d’associer la sécurité du MVA-BN à la durabilité d’une immunité comparable à celle observée après infection naturelle.

Optimiser les outils actuels

En attendant mieux, l’étude suggère plusieurs leviers : administrer des rappels aux sujets naïfs du virus de la variole et privilégier la voie sous-cutanée plutôt qu’intradermique. Cette dernière induit en effet une réponse humorale significativement inférieure : la concentration d’anticorps vaccinia était 0,26 fois plus basse chez les personnes ayant reçu les deux doses en intradermique.

Deux facteurs expliquent cette différence : une diffusion antigénique plus limitée dans le derme et la dose plus élevée injectée par voie sous-cutanée (0,5 mL contre 0,1 mL). Cette voie favoriserait une activation immune plus soutenue et une meilleure accessibilité systémique des antigènes.

Des cicatrices durables, des leçons à long terme

Près d’un tiers des patients infectés présentent encore des cicatrices visibles deux ans après (32 % des 63 cas suivis), rappelant que le mpox n’est pas seulement une infection aiguë : il peut laisser des séquelles physiques et psychosociales durables.

L’étude, malgré certaines limites méthodologiques (perte de suivi, biais de sélection, absence d’outils sérologiques validés), apporte des données cruciales pour orienter la conception de futurs vaccins. Les cibles antigéniques E8 et A35, identifiées comme déterminantes pour l’immunité neutralisante, pourraient servir de base à des formulations prime-boost plus efficaces, adaptées à une production mondiale, y compris dans les pays les plus touchés.

Comme le conclut Coelho, « les futures immunisations anti-orthopoxvirus devront s’appuyer sur une sélection rationnelle d’antigènes et sur des réponses croisées durables ». Le mpox, au-delà de sa flambée épidémique, laisse ainsi une leçon durable sur l’équilibre entre sécurité vaccinale et mémoire immunitaire.

Sources:
1. Van Dijck, C ∙ Berens-Riha, N ∙ Zaeck, LM ∙ et al., Long-term consequences of monkeypox virus infection or modified vaccinia virus Ankara vaccination in Belgium (MPX-COHORT and POQS-FU-PLUS): a 24-month prospective and retrospective cohort study, Lancet Infect Dis. 2025; publié en ligne le 7 novembre 2025. https://doi.org/10.1016/S1473-3099(25)00545-6
2. The lasting lessons of mpox: infection, vaccination, and immune memory, Fantin, Raianna et al.,The Lancet Infectious Diseases