Loi sur l’avortement : Médecins du Monde dénonce l’impact des blocages politiques sur les femmes vulnérables

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Médecins du Monde interpelle les responsables politiques belges sur l’absence de réforme de la loi relative à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). L’organisation estime que les blocages institutionnels pénalisent particulièrement les femmes en situation de grande précarité — notamment celles sans couverture médicale, sans domicile ou sans titre de séjour.

« Depuis des décennies, notre loi obsolète sur l’avortement crée des obstacles inutiles pour les femmes, pour qui accéder à l’avortement est déjà un véritable parcours du combattant », souligne l’organisation dans un communiqué publié ce 8 mars. Selon Médecins du Monde, ces obstacles peuvent conduire à des avortements clandestins, à un endettement important ou à la poursuite forcée d’une grossesse non désirée.

Deux vitesses d’accès aux soins

L’ONG décrit un système d’accès à l’IVG fonctionnant de facto à deux vitesses. Les femmes disposant d’une mutuelle peuvent généralement accéder à l’intervention dans un délai relativement court. En moyenne, une semaine sépare la première consultation dans un centre d’avortement de l’intervention elle-même.

La situation est différente pour les femmes non assurées. Celles-ci doivent introduire une demande d’« aide médicale urgente » auprès du Centre public d’action sociale (CPAS). La procédure administrative peut s’avérer longue.

« Toute personne sans mutuelle doit déposer une demande d’aide médicale urgente auprès du CPAS. Si le délai légal de décision est de 30 jours, en pratique il peut atteindre 60 jours », explique Chloé Ballyn, chargée du plaidoyer et de l’expertise support chez Médecins du Monde.

Selon l’ONG, ces délais peuvent rendre impossible le respect du cadre légal actuel, qui limite l’IVG à douze semaines de grossesse et impose un délai de réflexion obligatoire de six jours entre la consultation et l’intervention.

Une découverte de grossesse souvent plus tardive

Médecins du Monde souligne également que les femmes en situation de grande vulnérabilité découvrent souvent leur grossesse plus tard. Cette situation ne relève pas d’un manque de vigilance, affirme l’organisation, mais des conditions de vie précaires.

Le stress chronique et les difficultés économiques peuvent perturber le cycle menstruel, tandis que l’accès aux tests de grossesse ou à un médecin traitant reste limité pour certaines populations. Dans ce contexte, les contraintes légales actuelles renforcent la pression temporelle.

L’option des Pays-Bas rarement accessible

Lorsque le délai légal de douze semaines est dépassé, certaines femmes se rendent aux Pays-Bas, où la législation permet une interruption de grossesse plus tardive. Mais cette solution reste largement inaccessible pour les personnes précarisées.

Selon Médecins du Monde, une IVG aux Pays-Bas peut coûter jusqu’à 1 400 euros. À cela s’ajoutent des obstacles administratifs ou juridiques : les personnes en demande de protection internationale ne peuvent pas toujours circuler librement dans l’espace Schengen, tandis que les femmes sans titre de séjour risquent des contrôles ou une expulsion.

Pour l’ONG, cette accumulation d’obstacles peut conduire certaines femmes à recourir à des avortements clandestins ou à s’endetter lourdement.

Un débat politique toujours bloqué

Le communiqué s’inscrit dans un débat politique belge qui dure depuis plusieurs années. Malgré les recommandations d’experts et les travaux de commissions parlementaires, les réformes de la loi sur l’avortement restent bloquées.

Dans ce contexte, Médecins du Monde appelle les responsables politiques à adopter trois mesures : la suppression du délai de réflexion obligatoire de six jours, l’allongement du délai légal pour l’IVG et la reconnaissance automatique de l’avortement comme un soin d’urgence spécialisé afin de permettre une prise en charge plus rapide par les CPAS.

« Dans un contexte de restriction croissante des droits reproductifs dans le monde, la Belgique ne peut plus se permettre de tergiverser », estime l’organisation.