L’UE esquisse une stratégie plus cohérente pour la santé des adolescents

En réponse au rapport 2025 du Lancet sur la santé et le bien-être des adolescents, la Commission européenne détaille les initiatives en cours pour renforcer la prévention, la santé mentale et la protection numérique des jeunes. Si plusieurs programmes existent déjà, l’absence d’une politique globale et dédiée reste manifeste.

Le Lancet Commission Report 2025 sur la santé des adolescents met en lumière des tendances préoccupantes : hausse des troubles mentaux, progression de l’obésité, accès inégal aux soins et à l’éducation sexuelle, exposition accrue à la violence et au cyberharcèlement. Alors que les adolescents représentent 24 % de la population mondiale, ils ne bénéficient que de 2,4 % du financement global dédié à la santé et au développement.

Interpellée sur ces constats par la députée européenne Galato Alexandraki (ECR), la Commission a répondu le 24 octobre 2025 à travers une série de mesures existantes et à venir.

Santé mentale, prévention et éducation sexuelle

Dans sa réponse, le commissaire Olivér Várhelyi rappelle que la Commission soutient les États membres via l’initiative Healthier Together sur les maladies non transmissibles, qui inclut désormais un volet adolescent. La Communication sur une approche globale de la santé mentale (2023) propose déjà plusieurs actions pour renforcer la prévention et les services de soutien psychologique destinés aux jeunes.

La Joint Action PERCH, financée par l’UE, vise à améliorer la santé reproductive et à encourager la vaccination contre le papillomavirus (HPV). Par ailleurs, plus de 260 millions d’euros ont été investis dans la recherche sur la santé mentale et la santé des adolescents dans le cadre d’Horizon Europe, et de nouveaux appels à projets sont prévus.

Le Fonds social européen Plus (ESF+) contribue également à améliorer l’accès aux soins pour les groupes vulnérables, notamment les jeunes issus de milieux défavorisés. Enfin, la Commission prépare un Plan européen pour la santé cardiovasculaire, qui abordera conjointement l’obésité, le diabète et les maladies cardio-vasculaires — un “triangle de risques” dont les adolescents ne sont pas épargnés.

La protection numérique, nouvel axe prioritaire

La Commission reconnaît que l’exposition des adolescents à la désinformation, à la publicité alimentaire et aux addictions numériques constitue un défi croissant.

Plusieurs instruments sont en préparation :

– une enquête européenne sur l’impact des réseaux sociaux et du temps d’écran sur la santé mentale,

– un plan d’action européen contre le cyberharcèlement, centré sur les mineurs,

– et un futur Digital Fairness Act, destiné à renforcer la protection des consommateurs dans l’espace numérique, avec un accent sur les enfants et adolescents.

Le Digital Services Act (DSA) impose déjà des règles strictes pour la protection des mineurs en ligne, appuyées par des lignes directrices de la Commission garantissant la sécurité et la vie privée dès la conception (“safety and privacy by design”). En parallèle, un prototype de système de vérification d’âge a été lancé pour limiter l’accès des moins de 18 ans à certains contenus, en respectant les principes de confidentialité.

Vers une approche éducative intégrée

La Commission prépare également une mise à jour des lignes directrices destinées aux enseignants pour renforcer la littératie numérique et la lutte contre la désinformation. Ces mesures s’inscrivent dans la future Feuille de route 2030 sur l’éducation et les compétences numériques, qui visera explicitement le bien-être et la santé mentale des jeunes dans l’environnement numérique.

Enfin, la Recommandation (UE) 2024/1238 invite les États membres à mettre en place des systèmes intégrés de protection de l’enfance, coordonnant santé, justice, éducation et protection sociale.

Une politique encore fragmentée

Si la réponse de la Commission montre une mobilisation transversale, elle révèle aussi une certaine dispersion des initiatives. Entre programmes de recherche, législation numérique et actions éducatives, aucune stratégie globale ne relie encore ces volets autour d’une politique européenne de santé des adolescents.

Pour de nombreux acteurs, l’enjeu dépasse la prévention : il s’agit d’assurer à la “génération numérique” un environnement de vie, de soins et d’éducation cohérent, fondé sur des politiques publiques adaptées à leurs besoins spécifiques.


Sources principales :

Question parlementaire E-003198/2025 et réponse de la Commission européenne (24 octobre 2025).

Lancet Commission Report on Adolescent Health and Wellbeing, 2025.

Healthier Together EU NCD InitiativeCommission européenne.

Communication on a comprehensive approach to mental health (2023).

Commission Recommendation (EU) 2024/1238 on integrated child protection systems.

Digital Services Act (Regulation 2022/2065).